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Par Jean Claude Mairal

« En écoutant certains politiques parler des questions internationales et de l'Europe, j'ai souvent l'impression qu'ils en sont restés à la réalité du monde des années 60- 70. C'est à dire à une période où l'Occident, USA en tête dominait une grande partie de la planète, avec l' URSS dans l'autre partie. Le reste du monde, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique latine ne pesait quasiment rien au plan économique. Ne voient-ils pas que le monde a profondément changé?

L'Asie acteur désormais majeur de l'économie mondiale avec la Chine, pays continent de près de 1,4 milliard d'habitants en plein développement, l’Inde sur la même voie, le Japon, la Corée du sud, le Vietnam, etc. L'Afrique en plein boum démographique qui va dépasser le 1, 5 milliard d'habitants en 2025 et selon certains démographes, 4 milliards en 2100, avec une jeunesse en pleine croissance, qui aspire à une autre vie que celle de leurs parents. La Russie, pays continent, au prise avec des difficultés économiques, mais avec des ressources considérables et qui avec Poutine et un nationalisme exacerbé, a retrouvé une fierté nationale mise à mal avec la disparition de l'URSS. Nombre de pays de l'Union Européenne sont en plein doute et confrontés à de graves difficultés économiques et sociales. Ajoutons à ce rapide tableau, l'arrivée de Trump à la tête de la 1ère puissance économique et militaire de la planète, avec ses velléité nationalistes et autoritaires. Nous pourrions aussi parler de la poudrière du Moyen Orient, des problématiques des migrations, de la montée du radicalisme religieux qui concerne certes la religion musulmane, mais aussi nombre de religion dans le monde.

Le monde est en pleine mutation. Il change à grande vitesse, face à des défis et des enjeux considérables pour la survie de l'Humanité. Son avenir est plein de possibles, mais aussi plein de dangers. Et j'ai peur que la cécité de certains politiques vis à vis de la réalité du monde, nous fasse basculer dans la zone de tous les dangers.

Que proposent-ils concernant l'Europe? Soit de sortir carrément de l'Union européenne à l'image des anglais avec le Brexit, soit de le faire, si celle-ci ne répond pas à leurs injonctions. Si je peux comprendre certaines critiques, croient-ils que c'est en s'émancipant de l'Europe, que la France peut s'en sortir? Croient-ils que c'est en suivant la voie anglaise du Brexit, en faisant éclater l'UE, que l'on va faire face à la nouvelle réalité mondiale dans laquelle nous vivons?

Je ne peux m'empêcher quand j'entends certains discours, de penser au livre de Christopher Clark "les somnambules, été 1914:comment l'Europe a marché vers la guerre" où il montre que " l'Europe portait en elle les germes d'autres avenirs, sans doute moins terribles. Mais de crise en crise, les personnages qui la gouvernaient, hantés par leurs songes aveugles à la réalité des horreurs qu'ils allaient déchaîner, marchèrent vers le danger comme des somnambules". Un terrible bilan: 10 millions de morts, soit 6000 par jour, 8 millions d'invalides, des territoires anéantis, des traités lourds de menaces pour l'avenir, celui de Versailles concernant l'Allemagne et celui de Lausanne pour l'empire Ottoman qui sera dépecé sans tenir compte de la réalité des peuples. Ces traités, tout comme les conditions de la dislocation de l'empire Austro-Hongrois vont générer beaucoup d'amertume et de ressentiment parmi les nations vaincues laissant poindre la montée des nationalismes qui vont trouver à s'exprimer avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir. La suite on la connait, avec entre 60 et 80 millions de morts, le génocide des juifs et des tziganes, la barbarie érigée en règle de gouvernement, des pays dévastés. Les conséquences de ces traités se font toujours sentir aujourd'hui et de manière dramatique au Moyen Orient en Irak, en Syrie et en Turquie sur la question Kurde.

Depuis plus de 70 ans, la France n'a pas connu la guerre sur son territoire, ce qui est exceptionnel. Ce n'était pas le cas des générations passées qui au cours de leur vie étaient confrontées à la guerre: 1940, 1914, 1870, les guerres napoléoniennes jusqu'en 1815, etc. Ma génération, celle née après la seconde guerre mondiale, a été bercée par les souvenirs racontés par les parents et grands-parents, des guerres et des horreurs qu'ils ont connues. Mais les jeunes générations, celles qui ont 20, 40 ou 50 ans n'ont plus ces liens directs qui nous rattachaient aux souvenirs de ces guerres destructrices. Pour eux ce sont de simples pages d'histoire, comme l'était pour ma génération, la guerre de 1870. Les témoins des guerres de 14 et de 40 disparaissant,la parole du vécu n'étant plus là, les souvenirs s'estompent. La construction européenne, même si l'on a des critiques à lui formuler, a permis de maintenir la paix. Mais là aussi, vivant depuis si longtemps en paix on oublie que jusqu'en 1945, la France et l'Allemagne étaient ennemis. Que c'est la construction européenne qui a permis de dépasser ces conflits et de développer des coopérations entre ces 2 pays et les autres pays de l'Union européenne.

Mais ce n'est pas parce que nous vivons en paix depuis si longtemps que celle-ci peut être éternelle!

Ainsi qui pouvait imaginer à l'époque, moi le premier, quand je me trouvais jeune étudiant en 1969 à Sarajevo (la petite Jérusalem) dans la Yougoslavie, que 20 ans plus tard nous assisterions à la dislocation de ce pays et à une guerre des plus barbares qui fera plus de 100000 morts, au coeur de l'Europe, à 2 heures de Paris? Que l'on ne s'y trompe pas, ce qui s'est passé dans les Balkans, si demain les circonstances s'y prêtent, peut très bien advenir en France et dans d'autres pays européens! L'éclatement de l'UE serait préjudiciable à la paix et à la stabilité de notre continent. Les nationalismes trouveraient là les moyens de s'épanouir et de retrouver les ferments des tensions que l'on croyait disparus.

En disant cela, il ne s'agit pas de se satisfaire du fonctionnement actuel de l'Union Européenne qui est très critiquable et doit être réformé en profondeur. C'est une tâche urgente à mener et qui devra l'être par le prochain Président de la république et son gouvernement. Il s'agit tout simplement de dire que nous avons besoin de la cohésion et de la stabilité de l'Union européenne pour le maintien de la paix et pour faire face aux enjeux et défis planétaires. Face à l' Amérique de Drump, à la Chine, à la Russie et à l'émergence de l'Afrique, notre pays et le monde ont besoin d'une Europe citoyenne forte et stable, via l'UE et le Conseil de l'Europe. Pas d'une Europe disloquée et d'Etats atomisés qui ne pèseront rien face aux autres grands espaces dans un monde devenu multipolaire. C'est ce à quoi nous devons travailler partout en France et dans tous les territoires en développant avec les citoyen et les acteurs de ces territoires, des projets de coopération avec d'autres territoires européens. En n'oubliant pas ce qu'écrivait Stefan Zweig, retraçant l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941, dans "Le monde d'hier, souvenir d'un européen" avant de se suicider quelques jours plus tard en février 1942: "Ma tâche la plus intime, à laquelle j'avais consacré pendant 40 ans toute la force de ma conviction, la fédération pacifique de l'Europe était anéantie. Ce que j'avais craint plus que ma propre mort, la guerre de tous contre tous, se déchaînait à présent pour la seconde fois. Et en cette heure qui réclamait plus qu'aucune autre une inviolable solidarité, celui qui avait travaillé passionnément toute une vie à l'union des hommes et des esprits se sentait plus inutile et seul que jamais du fait de ce soudain ostracisme dont on le frappait".

La paix est fragile. Faisons en sorte que l'avenir de l'Europe, sa refondation soient au coeur des prochaines échéances électorales. Ne soyons pas des somnambules comme l'ont été hier ceux qui ont précipité l'Europe dans deux conflits mondiaux meurtriers. »

Tag(s) : #International

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